Série : Dans sa lentille - les déménagements
Les déménagements : enfin chez soi
La série « Dans sa lentille » est un regard porté par la photographe Christine Bourgier sur le projet de Saint-Hyacinthe qu’elle a documenté de bout en bout : des rencontres publiques jusqu’à la vie en logement. L’objectif est de donner une voix aux personnes aînées, en révélant avec humanité et simplicité ce qui se vit, bien au-delà du chantier.
Pendant plusieurs semaines, les corridors se sont remplis de boîtes, de chariots et de couvertures de déménagement. Les ascenseurs ont fait des allers-retours sans arrêt. À Saint-Hyacinthe seulement, jusqu'à six ménages prenaient possession de leur nouveau logement chaque jour.
Vu de l'extérieur, il ne s'agissait que d'un déménagement. Mais dans la lentille de Christine Bourgier, on peut capter des moments intimes, parfois simples ou complexes et surtout, chargés d’émotion.
Un homme transporte avec précaution deux orchidées. Une autre installe déjà son petit sapin de Noël dans le salon. Des plantes trouvent leur place près de la fenêtre avant même que les dernières boîtes soient ouvertes. Chacun apporte avec lui ces objets qui racontent une histoire et qui permettent, en quelques heures, de transformer un appartement neuf en véritable chez-soi.
Un déménagement est souvent présenté comme une étape logistique. Pourtant, pour les personnes qui l'ont vécu, et surtout chez les personnes aînées, c'est un moment assez stressant.
On quitte des souvenirs, parfois une maison occupée pendant des décennies, pour commencer un nouveau chapitre.
Les équipes de déménagement en sont bien conscientes.
« C’est un des travails les plus intimes que tu peux avoir en travaillant avec le public. C’est pas comme un restaurant où les gens viennent vers toi. Nous, on va chez les clients. On entre dans leur intimité, dans leurs choses. Et on les voit dans leurs grands désarrois. C'est stressant, un déménagement. » - explique un déménageur à Saint-Hyacinthe.
Cette proximité demande autant de délicatesse que d'efficacité. Et de l'efficacité, il en fallait.
À Saint-Hyacinthe, l'ensemble des locataires ont emménagé en près d'un mois, à raison de six déménagements par jour. Une véritable opération de précision rendue possible grâce à la collaboration des équipes de déménagement, des employé.e.s et des bénévoles des Habitations Maska, venus pour l’occasion. Chacun veillait à ce que tous les nouveaux locataires puissent prendre possession de leurs nouveaux logements dans les meilleures conditions et en profiter le plus rapidement possible.
Mais faire entrer une centaine de nouveaux locataires dans un même immeuble ne s'improvise pas. Derrière chaque arrivée se cache une véritable chorégraphie. Les ascenseurs deviennent le cœur de l'opération : protégés, réservés, utilisés sans relâche du matin au soir. Les équipes coordonnent les horaires, accompagnent les locataires et veillent à ce que chacun puisse prendre possession de son logement dans le calme, malgré l'effervescence. Une logistique impressionnante, presque invisible, qui a pourtant contribué à rendre cette étape plus douce pour tous.
Le résultat se lit sur les visages.
Pour Nicole Beauregard, ce déménagement marque déjà le début d'une nouvelle vie.
« Les gens sont sympathiques. Je sens que c'est comme une communauté. Quand tu n'as plus d'emploi, tu n'as plus de vie sociale. C'est difficile de se faire des contacts. Aujourd'hui, avec le déménagement, je vois toutes mes choses ici et je me sens vraiment chez moi. »
Un autre exemple se trouve à Granby, où une autre locataire, Dorothy Gagné partage le même sentiment, malgré la fatigue.
« Nous sommes heureux d'avoir trouvé un logement ici. Nous serons mieux ici qu'à l'endroit où nous étions auparavant. ». – traduction libre de ses propos.
Après un mois à préparer ses boîtes, il reste encore beaucoup à déballer.
Le déménagement est terminé.
Les mois de préparation, les cartons, le stress et les nombreuses émotions laissent enfin place au calme.
Devant eux s'ouvre maintenant un nouveau chapitre : celui d'un milieu de vie accueillant, d'une communauté qui se construit et d'un avenir que l'on espère plus doux.
Car au bout de tous ces efforts, il y a un moment qui vaut tout le reste : celui où l'on franchit le seuil de son logement et où l'on peut enfin dire, simplement...
Enfin chez moi.