Donner une voix et une place aux personnes aînées par l’art

Entrevue avec Christine Bourgier, photographe de l’humain

Donner une voix et une place aux personnes aînées est au cœur de la raison d’être de Mission Unitaînés (MU). C’est pour cette raison que la collaboration avec Christine Bourgier, photographe de l’humain, a été aussi naturelle et alignée aux valeurs et à l’impact souhaité de MU. Donner la voix aux personnes aînées a été le point de départ du travail de la photographe, qui a documenté, de l’intérieur, le projet de Saint-Hyacinthe. Ce qui l’intéressait n’était pas la construction en soi du bâtiment, mais tout ce qui se vit dans le cœur et la tête des futurs locataires.  


De la pelletée de terre, aux réunions d’information, jusqu’au déménagement dans leurs logements, elle a suivi les résident.e.s à chaque étape.Un projet empreint de sensibilité et d’empathie qui a permis de capter l’humain « à la puissance 1 000 ».


Être avec celles et ceux que l’on ne voit pas

Depuis toujours, Christine Bourgier oriente son travail vers celles et ceux que l’on regarde peu.

« J’aime être avec ceux qu’on ne voit pas et les mettre en lumière. Les femmes victimes de violence, les jeunes dans la rue, les aînés. L’humain peut être beau si on lui porte de l’attention », raconte l’artiste.


Sa démarche artistique repose ainsi sur la proximité. Prendre le temps, être là et écouter.

« Pour Mission Unitaînés je voulais avant toute chose raconter des histoires de vie ».


Le travail de Christine Bourgier s’inscrit ainsi dans la durée. Elle capture des instants tout en les intégrant dans un parcours.

À Saint-Hyacinthe, elle est là dans ces moments charnières : les appels de confirmation de logements, les signatures de baux chargées d’émotion, les clés remises, les déménagements épuisants et les premiers repères qui se créent.

Puis elle revient observer ce que ça change, concrètement, dans la vie des gens, après quelques semaines dans leurs nouveaux logements.


Dans sa lentille : des vies qui reprennent leur souffle

Au fil des rencontres, les témoignages se dessinent. Des réalités dures, souvent invisibles qui se transforment en vrai soulagement.

Lors des rencontres d’information de Mission Unitaînés, avant même que le projet de Saint-Hyacinthe ne prenne forme, elle observe une réalité brute : plus de 200 personnes se présentent aux deux rencontres, pour 100 logements disponibles.

Lors de ces rencontres, Christine mentionne des témoignages poignants qui lui ont rapidement démontré la nécessité d’un projet comme Mission Unitaînés et la réalité peu connue des personnes aînées au Québec.

« Une dame m’a confié:  faites que j’ai un logement!
Les fins de mois sont difficiles et je dois souvent décider si je paye mon loyer ou si je mange ».

Elle a ressenti la fatigue et l’inquiétude des personnes aînées présentent à ces rencontres.

Mais elle a aussi ressenti comment elles étaient désormais habitées par l’espoir de changer leur avenir grâce à un logement

Puis, progressivement, au fil du parcours de documentation, autre chose apparaît : un relâchement, un apaisement.

« On m’a confié : « Je dors mieux » ; « Avec l’argent que j’économise avec mon nouveau loyer, je vais pouvoir aller aider mon fils à Gaspé ». « Je suis plus détendue ». « Je mange mieux. ». « Je vais enfin pouvoir recevoir ma famille chez moi… » 

Et ce soulagement, elle le voit sur les visages.

« Les visages ont changé! Je revois des femmes que j’ai rencontrées pour la première fois aux réunions d’information. Elles n’ont plus le même visage après leur déménagement. C’est comme si les gens sortaient d’un shaker et se déposaient dans un petit nid. Pour moi, c’est un bel exemple de prévention de la santé, vivre sereinement ».

Une exposition pour rendre visible

Ce travail a pris forme dans une exposition présentée les 14 et 15 février derniers, au cœur même de la résidence de Saint-Hyacinthe. Le nom de l’exposition : L’enracinement – reprendre son souffle dans son nouveau logement.


Des portraits en noir et blanc. Des visages. Des histoires.


Un studio photo improvisé dans la salle communautaire avait été installé quelques semaines auparavant pour prendre en photos les locataires volontaires de la bâtisse. En tout, 17 portraits ont été exposés. 

« Les gens étaient fiers, ils ont pris des photos devant leur propre photo. »


Un moment simple, mais fort. Se voir. Se reconnaître. Exister.

Dans la continuité, un documentaire est en préparation. Un projet qui prolongera cette immersion, en rassemblant ces fragments de vie captés tout au long du processus.

Une démarche artistique qui porte la mission

Cette démarche artistique s’inscrit directement dans la vision de Mission Unitaînés.

Comme le souligne Caroline Sauriol, présidente directrice générale de Mission Unitaînés :

« Ça fait partie de notre désir de porter la voix des personnes aînées, de les faire voir, de faire en sorte que les gens soient plus aux faits de leur réalité et de l’impact de ce qu’on fait. Et quoi de mieux pour en parler que de récolter des témoignages et de suivre ces gens dans toutes les étapes? ».

Dans ce projet artistique, l’image devient plus qu’un médium. Elle devient un levier de compréhension et de changement. Un outil pour rendre visible ce qui ne l’est pas assez au bénéfice d’une société plus juste et équitable.

Et maintenant, continuons à raconter.



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