Série : Dans sa lentille - L’après-déménagement Le plaisir de profiter de la vie
Le 1er octobre, Journée internationale des personnes aînées, est l’occasion de reconnaître leur contribution à notre société, mais aussi de porter un regard sur les réalités qui peuvent accompagner l’avancée en âge : l’isolement, la précarité financière, l’accès à un logement adéquat et le maintien d’une vie sociale épanouissante.
Pour Mission Unitaînés, cette journée trouve un écho tout particulier dans le dernier chapitre de la série Dans sa lentille.
Après avoir suivi les rencontres d’information jusqu’aux déménagements, l’artiste Christine Bourgier reprend sa lentille quelques mois plus tard. Elle retrouve trois femmes qu’elle suit depuis les débuts, cette fois dans des logements habités, décorés et vivants.
Trois femmes qui ont travaillé toute leur vie, élevé des familles et traversé des épreuves, et pour qui la retraite s’est aussi accompagnée d’une réalité financière plus fragile.
Aujourd’hui, leur quotidien a changé. Elles reçoivent leurs enfants et leurs petits-enfants. Elles cuisinent, jasent avec leurs voisins, montrent fièrement leur appartement à leurs amies. Elles dorment mieux. Elles peuvent arrêter de travailler. Surtout, elles peuvent envisager la suite avec plus de sérénité.
En cette Journée internationale des personnes aînées, leurs histoires nous rappellent que mieux vieillir, c’est pouvoir vivre dignement et se donner le droit de profiter des petits plaisirs de la vie.
Travailler, Colette Millette en connait quelque chose. Dès 15 ans elle a commencé à travailler. Elle a été technicienne en laboratoire, préposée aux bénéficiaires et jusqu’à tout récemment, employée en garderie. Elle a occupé différents emplois pendant plus d'un demi-siècle, jusqu'à 69 ans.
Lorsqu'une séparation l'a forcée à chercher un nouveau logement, sa pension et le revenu des quelques heures qu'elle travaillait encore chaque semaine suffisaient difficilement. Son ancien appartement lui coûtait plus de 1 000 $ par mois, avant même l'électricité et les autres dépenses.
Une inquiétude revenait sans cesse : « Est-ce que je vais réussir à tout payer ?»
Aujourd'hui, cette question ne l'accompagne plus au quotidien.
« Depuis que je suis ici, je peux me permettre d'arrêter, vu aussi mon âge. Je me sens plus calme, plus zen, moins stressée à savoir : est-ce que je vais avoir un toit sur la tête? »
Colette a décoré son appartement à son image, avec de petites pensées positives ici et là, et en a photographié chaque pièce pour les montrer fièrement à ses amies.
Sur son mur, une phrase semble résumer ce nouveau chapitre : L'essentiel n'est pas de vivre, mais de bien vivre.
« J'ai l'impression d'avoir gagné à la loterie! », lance-t-elle en riant.
« Oh! La vie est belle! »
Micheline Charbonneau, 77 ans, elle aussi a commencé à travailler très jeune. Dès 16 ans, elle débute dans une manufacture de chocolat. Elle a ensuite travaillé en couture, puis dans les commerces qu'elle exploitait avec son mari et elle est même devenue bouchère.
Après 40 ans de mariage, son conjoint est décédé d'un cancer à 62 ans. Micheline l'avait accompagné comme proche aidante pendant trois ans.
Plus tard, vivre seule a aussi signifié composer avec un logement de plus en plus coûteux et des dépenses qui augmentaient, alors que sa pension, elle, ne suivait pas au même rythme.
Aujourd'hui, quand Christine lui demande si son nouveau logement lui permet de respirer, sa réponse fuse tout spontanément :
« Oh! La vie est belle, là! »
À Noël dernier, ses trois garçons sont venus la visiter, chacun leur tour, avec leurs conjointes et leurs enfants. Neuf petits-enfants au total. Elle les a reçus chez elle.
« Ça a été très, très agréable. »
Mais le changement le plus précieux est peut-être encore plus simple.
« Il n'y a plus de stress. Je dors bien, tranquille. […] C'est vraiment merveilleux. J'en reviens pas que j'ai eu droit à une belle place comme ça. »
Retrouver les plaisirs simples
Chez Gaétane Dupont aussi, la vie a été marquée très tôt par le travail. Treizième d'une famille nombreuse, elle a quitté l'école en secondaire 2 pour aider son père après le décès de sa mère. Elle a ensuite travaillé dans plusieurs domaines, notamment en restauration et en cuisine.
Aujourd'hui mère de trois enfants et grand-mère de six petits-enfants, elle a trouvé dans son nouveau logement quelque chose de précieux : un chez soi qui lui convient, qui respecte ses moyens, qui lui permet de retrouver une vie sociale et de profiter des petits plaisirs de la vie.
« Ma sœur demeure ici, sur le même étage, ça, c’est pratique. Je jase avec les gens. Je suis bien chez moi. Je suis occupée. J’aime lire, écouter la télé, faire de nouvelles recettes. La vie va vite! »
Une phrase toute simple qui dit beaucoup : maintenant que certaines préoccupations se sont allégées, il reste davantage de place pour vivre.
Le droit de souffler
À travers leurs histoires se dessine une même réalité : celle de femmes qui ont travaillé pendant des décennies, contribué, pris soin des autres et traversé les épreuves de la vie. Et qui, arrivées à la retraite, doivent pourtant compter chaque dollar pour parvenir à se loger et vivre convenablement.
Un logement abordable, de qualité, avec toutes les commodités incluses, change bien sûr leur budget. Mais à écouter Colette, Gaétane et Micheline, on comprend qu'il change beaucoup plus que cela.
Quand le poids du logement s’allège, c’est tout le quotidien qui respire un peu mieux. Il reste plus de place pour soi, pour les autres, pour les petits plaisirs et pour regarder la suite avec sérénité.
Micheline, elle, sait déjà que son avenir se dessine ici :
« Je vais finir mes jours ici… J'ai 77 ans. Je vais rester ici encore 25 ans haha! », lance-t-elle tout sourire.
Après une vie à travailler, à prendre soin, à prévoir et parfois à s'inquiéter, peut-être est-ce simplement cela, la plus grande richesse, celle d’avoir enfin le temps et la tranquillité de se la couler douce.